La lessive d’autrefois

 

Faire la  » bugada » autrefois à STE Enimie.

La lessive est de nos jours une opération banale que l’on pratique quotidiennement, sans même y réfléchir. Et pourtant, cette tâche simple a été longtemps le cauchemar de générations de femmes !…

A Ste Enimie, On lavait le gros du linge deux fois par an: au printemps avant les Rameaux et à l’automne avant la Toussaint au cours d’une journée qui lui était consacrée…C’était la « Bugada »; Cela se pratiquait en général à la descente de la gravière côté «Leynadier» sur du linge sali pendant plusieurs mois

De bonne heure, le matin du jour dit, les femmes trempaient le linge dans l’eau claire et courante de la rivière pour le débarrasser des « crasses ».
– Puis venait le lavage.
Chaque famille installait sa lessiveuse dans la descente à l’abri du mur des jardins, sur un trépied . On la remplissait de linge, mais pas n’importe comment ! D’abord, il fallait le trier: tout un art consistant à tasser le linge au maximum pour ne laisser aucun passage par où la «lessive» pourrait s’écouler sans traverser les tissus : on mettait les petites pièces au fond, puis les plus grosses. Enfin, on tassait le linge, (parfois en le foulant au pied !) . On chauffait la lessiveuse avec du bois amené par les hommes.– On plaçait ensuite un vieux drap épais au dessus du linge pour le protéger:C’était en quelque sorte un filtre pour retenir les cendres du bois de chauffe qu’on retirait du feu ou celles ramenées de la cheminée et qui servaient de «lessive»

– Dans un chaudron, on faisait bouillir de l’eau qu’on jetait ensuite sur ces cendres.On couvrait. On laissait «mijoter», en entretenant le feu… Après un certain temps s’en suivait l’opération de rinçage: On arrêtait le feu. On ouvrait «la pissette»( la bonde),on retirait les cendres et leur «filtre», on jetait de l’eau froide sur le linge; on répétait l’opération jusqu’à ce que l’eau ressorte claire:

– Après avoir traversé le linge, l’eau tiédie et salie s’écoulait petit à petit. .. Il faut admettre que ce procédé avait pour résultat, non d’éliminer la saleté mais plutôt de la répandre sur l’ensemble du linge. Au moins elle était devenue plus soluble pour être ensuite éliminée dans l’eau de la rivière…car venait ensuite le battage du linge sur les bords du TarnC’était le fruit d’un effort harassant en fin de matinée : portage en brouette de charges de linge humide très lourdes, dégorgeage à l’eau courante à genoux sur les «caissons»,«savonnage» en froissant le linge sur la planche et en le tapant à l’aide du battoir.

– Enfin, venaient le blanchissage et le séchage. Pour cela, on étendait( on «écartait» disait Félicie) le linge au soleil, sur la gravière, on l’étirait et on le coinçait avec les galets . Les enfants étaient de garde pour empêcher les chiens d’y poser leurs pattes…pendant que ces dames partageaient un bon repas délassant !draps

– Pour terminer, en début de soirée,  c’était le pliage des draps qu’on rabattait d’un côté puis de l’autre, à deux, pour bien étirer.. . Le linge propre était ramené à la maison le soir tard  dans une brouette , rangé dans les armoires accompagné d’un petit sac de lavande… ! Cette corvée, longue et pénible paraissait une joyeuse fête grâce aux rires et aux caquetages des santrimioles qui en oubliaient leur fatigue !!
lessiveuse

Lessiveuse Santrimiole restaurée par Marie-Paule

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